Le Théâtre d’Albert Camus et le Siècle d’or

Colloque pluridisciplinaire

5-6 février 2016 / Paris, Cité Universitaire – Collège d’Espagne

Dans notre Europe de cendres, Lope de Vega et le théâtre espagnol peuvent apporter aujourd’hui leur inépuisable lumière, leur insolite jeunesse, nous aider à retrouver sur nos scènes l’esprit de grandeur pour servir enfin l’avenir véritable de notre théâtre.

(Albert Camus, Le Chevalier d’Olmedo, « Avant-propos », in OC IV, p. 172)

affiche A3 version 12.12. petit

La fascination exercée sur Albert Camus par les formes théâtrales de l’Espagne du Siècle d’or ne s’observe pas seulement à travers ses adaptations de La Dévotion à la croix de Calderón ou du Chevalier d’Olmedo de Lope. Elle se manifeste aussi dans de nombreux écrits, qu’il s’agisse de conférences, de préfaces ou d’entretiens. Le colloque pluridisciplinaire Le Théâtre d’Albert Camus et le Siècle d’or vise à faire avancer la réflexion sur Camus en tant qu’homme de théâtre. La tâche des hispanistes sera d’apprécier le sens et la portée que revêt le travail qu’a mené l’auteur de Caligula, en s’appuyant notamment sur les études dont ce travail a fait l’objet jusqu’ici.

Les XXIe Rencontres méditerranéennes Albert Camus consacrées à Albert Camus et l’Espagne qui se sont déroulées au château de Lourmarin, en octobre 2004, témoignent du vif intérêt qu’a éveillé ce sujet, ainsi que la publication des actes de ces rencontres. Elles justifient aussi notre volonté de donner une suite à cet événement, à partir d’un questionnement plus spécifique. Sans mésestimer les études portant sur le rapport de Camus avec l’Espagne, sans négliger non plus la place, nécessairement réduite, que la nouvelle édition de la Pléiade a consacrée à ses adaptations « espagnoles », il apparaît indispensable de reconsidérer l’influence que le théâtre du Siècle d’or a pu exercer sur la pratique et la pensée théâtrale de Camus. Ce colloque a été conçu d’une part pour les spécialistes de l’auteur de L’État de siège – un spectacle qui a été, entre autres, une tentative de faire revivre les autos sacramentales – comme une occasion de se pencher sur les sources espagnoles de Camus, d’autre part, les spécialistes du théâtre espagnol du xviie siècle, sont invités à mettre à jour nos connaissances des auteurs, de la dramaturgie et des pratiques théâtrales du Siècle d’or. À cette fin, sera aussi réexaminée l’influence qu’ils ont pu exercer sur le théâtre français, toutes époques confondues, tant du point de vue de l’écriture dramatique que de celui de la pratique scénique.

Le dialogue que l’on se propose de favoriser entre études littéraires et études théâtrales, en passant par le théâtre de Camus, trouve une partie de sa justification dans l’attention que la France a portée et porte encore au théâtre baroque espagnol. Une attention perceptible à plusieurs niveaux :

I. au vu de l’accumulation d’un matériel bibliographique considérable, dont témoigne notamment le nombre de documents présents dans le fonds Rondel de la BnF ;

II. à travers des rencontres scientifiques comme, entre autres, le colloque Toulouse à l’heure de Cervantès. Quinzaine du Siècle d’Or espagnol organisé en mars 1988 par Marc Vitse ou, plus récemment, La Comedia espagnole du Siècle d’Or en France : lecture, adaptation, mise en scène coordonné par Christophe Couderc, et qui s’est déroulé à l’université de Paris-Ouest en janvier 2009 ;

III. à travers les nombreux projets scientifiques élaborés dans les différents départements et groupes de recherches qui s’intéressent au théâtre du Siècle d’or et qui ne concernent pas seulement les pays hispanophones. Parmi les plus représentatifs, on peut citer le « G.R.I.S.O. », l’équipe « Prolope », le « Centro de Documentación de las Artes Escénicas de Andalucía », « La Casa di Lope », « TC/12, Patrimonio teatral clásico español. Textos e instrumentos de investigación » ou l’ « A.I.T.E.N.S.O ».

L’attachement de Camus à l’Espagne tient au départ à des raisons familiales (les Sintès, sa famille maternelle, étaient originaires des Îles Baléares). Il s’explique aussi par des raisons morales, liées à son engagement pour la cause de la République espagnole (dès le début de la guerre civile, il a écrit un nombre considérable d’articles en sa faveur). Avec ses deux adaptations, il vise à composer chaque fois « un texte de représentation », mais aussi à montrer que « la grâce qui transfigure le pire de criminels » et « le salut suscité par l’excès du mal » peuvent être compris par des spectateurs de toute époque. L’auteur de La Peste retient ce qui prime dans le théâtre du Siècle d’or, « l’action » et la « rapidité du mouvement ». Toutefois, pourquoi a-t-il choisi, après La Dévotion à la croix, Le Chevalier d’Olmedo ? Et dans quelle mesure l’honneur, la foi et la passion sous toutes leurs formes, religieuses et profanes, hantent-ils l’œuvre camusienne ?

Ce colloque veut être une rencontre permettant à des chercheurs venus de domaines distincts de croiser études littéraires, enquêtes dramaturgiques et pratiques théâtrales dans un dialogue pluridisciplinaire. « Camusiens » et Hispanistes seront invités à partager leur réflexion avec des spécialistes d’autres auteurs dramatiques, mais aussi des metteurs en scène qui, depuis André Antoine, relayé par Charles Dullin, Jean Vilar et Jean-Louis Barrault, ont trouvé leur inspiration dans le théâtre espagnol classique.

 

Conception et organisation

Vincenzo Mazza (Université Paris Ouest-Nanterre) en collaboration avec la Société des Études Camusiennes

 

Comité scientifique

Fausta Antonucci (Université Roma Tre) ; Christian Biet (Université Paris Ouest-Nanterre) ; Jean Canavaggio (Université Paris Ouest-Nanterre) ; Dann Cazes (Université Iberoamericana Mexico) ; Juan-Carlos Garrot (Université Tour) ; Vincenzo Mazza (Université Paris Ouest-Nanterre) ; Pierre-Louis Rey (Université Sorbonne-Nouvelle) ; Hélène Rufat (Université Pompeu Fabra Barcelone) ; Agnès Spiquel (Université Valenciennes) ; David Walker (Université Sheffield)

 

Bibliographie essentielle

Europe, revue littéraire mensuelle, « Le théâtre espagnol du Siècle d’or », n° 1002, octobre 2012.

Ignacio Arellano, El arte de hacer comedias. Estudios sobre teatro del Siglo de Oro, Madrid, Biblioteca nueva, 2011.

Albert Camus, Œuvres complètes, tomes I et II, Jacqueline Lévi-Valensi (éd.), Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 2006.

Albert Camus, Œuvres complètes, tomes III et IV, Raymond Gay-Crosier (éd.), Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 2006.

Albert Camus, La Dévotion à la croix, Jean Canavaggio (éd.), Collection folio-théâtre, Paris, Gallimard, 2013.

Calderón de la Barca, La devoción de la cruz, Adrián J. Sáez (éd.), Madrid/ Frankfurt am Main, Iberoamericana /Vervuert, 2014.

Jean Canavaggio, Cervantès dramaturge : un théâtre à naître, Paris, PUF, 1977.

Cervantès, Numance, Jean Canavaggio (éd.), coll. Folio-Théâtre, Paris, Gallimard, 2014.

Christophe Couderc, Le théâtre espagnol du Siècle d’Or (1580-1680), Collection Quadrige, Paris, PUF, 2007.

Christophe Couderc (éd.), Le théâtre espagnol du Siècle d’Or en France. De la traduction au transfert culturel, Collection Littérature et poétique comparées, Paris, Presses universitaires de Paris-Ouest, 2012.

Odette Gorsse, Frédéric Serralta, (éd.), El Siglo de Oro en escena: homenaje a Marc Vitse, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2006.

Lope de Vega, Le Chevalier d’Olmedo, Le Duc de Viseu, Françoise et Roland Labarre (éd.), Paris, Flammarion, 2003.

Robert Marrast, (éd.), Théâtre espagnol du XVIIe siècle, tomes I et II, Bibliothèque de la Pléiade, Paris Gallimard, 1999.

Dolores Thion Soriano-Mollá, Bibliografía hispánica del inventario de la colección Auguste Rondel, Collection Teatro del Siglo de Oro bibliografías y catalogos, Kassel, Edition Reichenberger, 1999.

Marc Vitse, Éléments pour une théorie du théâtre espagnol du xviie siècle, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1990.

 

Institutions, organismes et membres afférents au projet

Colegio de España, Cité Universitaire – Paris

EA 4414/Histoire des Arts et des Représentations, Université Paris Ouest-Nanterre

S.E.C. Société des Études Camusiennes

– E.S.T. Études sur le théâtre, groupe de recherche

 

Le Théâtre d’Albert Camus et le Siècle d’or

Colloque pluridisciplinaire, 5-6 février 2016

Programme

Paris, Cité Universitaire – Collège d’Espagne (salle Louis Buñuel)

VENDREDI 5 FÉVRIER

8 h 15    Accueil des participants

9 h 15    Ouverture

9 h 30    Conférence plénière

Jean CANAVAGGIO (Université Paris Ouest-Nanterre), « Camus traducteur de Calderón : La Dévotion à la croix »

10 h 30 Pause

10 h 45

Pierre-Louis REY (Université Sorbonne-Nouvelle), « La Dévotion à la croix est-elle une pièce camusienne ? »

Adrián J. SAEZ (Université de Neuchâtel), « Le bonheur de la tragédie: remarques sur La Dévotion à la croix »

Françoise DECROISETTE (Université Paris 8), discutante

12 h 15

Anke CHARTON (Université de Vienne), « Le mot et la mort – Camus et les autres théâtres du Siècle d’or » (conférence en anglais)

13 h 00 Pause déjeuner

14 h 30

Christian BIET (Université Paris Ouest-Nanterre), « Contrepoints ibériques. Voyageurs portugais, gentilshommes espagnols et fous sévillans au début du XVIIe siècle français »

15 h 15

Anne PROUTEAU (Université catholique de l’Ouest), présidente de séance

Hélène RUFAT (Université Pompeu Fabra), « Vers l’Espagne scintillante d’Albert Camus »

Yves GERMAIN (Université Paris-Sorbonne), « Échos de l’auto sacramental caldéronien dans L’État de siège »

16 h 30 Pause

16 h 45

Juan Carlos GARROT ZAMBRANA (Université François-Rabelais), président de séance

Virginie LUPO (Université Nice-Sophia Antipolis), « Le désir dans le théâtre de Camus : héritage du Siècle d’or ? »

Marie SOREL (Université Sorbonne-Nouvelle), « Montherlant et Camus face au théâtre espagnol du Siècle d’or : deux sens de l’honneur et de la grandeur »


SAMEDI 6 FÉVRIER

10 h 00

Christophe COUDERC, (Université Paris Ouest-Nanterre) « Le Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega, espace dramatique et espace scénique »

Vincenzo MAZZA (Université Paris Ouest-Nanterre), « Camus au 6e Festival d’art dramatique d’Angers : la mise en scène du Chevalier d’Olmedo »

Eugène KOUCHKINE (Université de Picardie), discutant

11 h 30  Pause

11 h 45

Florence D’ARTOIS (Université Paris-Sorbonne), « « Début éclatant. Assombrissement progressif ». Camus face à la mélancolie tragique du Caballero de Olmedo »

David WALKER (Université de Sheffield), « Camus et tragédie d’amour dans Le Chevalier d’Olmedo »

Laura NAUDEIX (Université Rennes 2), discutante

13 h 15 Pause déjeuner

14 h 45

Simona MONTINI (Cité Internationale Universitaire de Paris), « La Dévotion à la croix selon André Antoine »

Laurette BURGHOLZER (Université de Vienne), « La passion espagnole. Charles Dullin à la recherche d’un théâtre « plus dépouillé, moins livresque » »

Quentin RIOUAL (Paris Ouest-Nanterre), discutant

16 h 15

Alexandre ROQUAIN (Université du Maine), président de séance

Juan Carlos GARROT ZAMBRANA (Université François-Rabelais), « L’auto sacramental : survivance d’un genre mort depuis des siècles »

Marie-Thérèse BLONDEAU (vice-présidente de la SEC), « Don Juan ou le démon de l’immanence »

17 h 30  Pot de clôture

Adresse

Colegio de España, 7E, bd Jourdan 75014 Paris

RER B Cité Universitaire, T3 Cité Universitaire, Bus 21, Bus 67 (plan d’accès)

Affiche du colloque

 

Contact

camus.siglodeoro@gmail.com

 

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